 
Newsletter postée le 9 février 2007
Bonne année à tous !
Voici la première newsletter Rénatura pour 2007.
Pour bien commencer : sachez qu'au 26 janvier 2007, le programme Rénatura de relâcher des tortues marines prises accidentellement dans le filets de pêche artisanale a dépassé le seuil symbolique de 2000 tortues marines libérées.
Deuxième heureuse nouvelle : les tortues luths et olivâtres qui viennent pondre sur les côtes congolaises ont augmenté cette année, suivant la tendance constatée sur les plages Gabonnaises au Nord. Pas de quoi cependant conclure à une augmentation de la population, sachant qu'il n'est pas possible de faire la part entre les grands cycles de variations naturelles et une réelle élévation du nombre d'individus. Et pour vous distraire, vous ensoleiller,... relativiser ou vous "conscientiser", voici quelques tranches de la vie quotidienne de l'association sur le terrain.
Dépassement de budget
Trop de tortues luth dans les filets...
Budget en danger !

En ce moment, notre grande préoccupation sur le terrain est le programme de libération des tortues prises dans les filet de pêche artisanale et la prépondérance des tortues luths dans ce programme.
Depuis la fin octobre en effet, les libérations de tortues luth se sont multipliées, jusqu'à atteindre la moitié des individus relâchés. Ceci est probablement dû au pic de ponte de la tortue luth qui a lieu en décembre. Nous sommes donc confrontés à un problème financier. Il faut en effet dix fois plus de matériel pour réparer un filet de pêche endommagé par une tortue luth que lorsqu'il s'agit d'une autre espèce de tortue marine (en raison de la taille de la tortue luth qui est bien supérieure à celle des tortues marines à écailles). Et le budget doit suivre. Une libération de luth coûte environ 50 000 FCFA (76 euros) contre 7 000 FCFA pour une tortue à écailles. Or au départ, nous avions prévu la libération d'environ 120 tortues par mois, et une proportion de 10 % de luth. Mais nous libérons désormais plus de 150 tortues par mois, et la moitié sont des luth. 60 % du budget alloué aux libérations pour cette année budgétaire (qui a débuté en août) a ainsi déjà été dépensé. C'est pourquoi nous avons pris la décision de suspendre les relâcher de tortues luths dès le mois de décembre, puis de limiter les libération de luth à un quota de 1 ou 2 par semaine à partir de janvier. Douloureuse décision ! D'autant plus que depuis que celle-ci a été prise, des pêcheurs nous appellent chaque jour pour 2, 3 voire 4 tortues luths prises dans des filets de pêche. Le plus révoltant est de voir des tortues luths précédemment baguées être tuées en raison du manque de fonds.
Première libération de luth à Tchissaou,
le nouveau campement installé cette année

De plus en plus de pêcheurs qui travaillent sur les zones d'étude exhaustive des pontes nous contactent pour libérer des tortues. Sur le site de Tchissaou, une tortue luth a été libérée début décembre. Avant elle, trois tortues olivâtres avaient été relâchées, mais il s'agit de la première luth sur ce site. Tchissaou est le nouveau campement installé par Rénatura cette saison qui porte à trois le nombre de bandes littorales de 10 km où les tortues nidifiantes sont suivies quotidiennement.
Sur la photo ci-contre, le filet a été tiré depuis la plage à l'aide d'une corde comme il n'était pas trop éloigné du bord, puis les pêcheurs et les agents Rénatura ont libéré la tortue qui est repartie à la mer. Cette tortue n'a pas endommagé trop largement le filet. Sa réparation n'a demandé que cinq bobines de fil, à 1000 FCFA (1,5 euros) chacune. Les dégâts ont été limités parce que la maille de ce filet était très large.
Le relâcher en mer :
une opération à haut risque 
A Djéno, notre campement situé au Sud de Pointe-Noire, trois tortues luths ont été libérées, toutes directement en mer.
Sur la séquence de photos ci-contre, Tumbaco, l'un des deux agents Rénatura responsables des relâchers, libère une tortue luth avec l'aide de deux pêcheurs.
La difficulté de l'opération de libération est bien visible. Pendant la manoeuvre, les agents et les pêcheurs risquent à tout moment de tomber à l'eau (la pirogue creusée dans un tronc de bois est étroite et instable) ou de prendre un violent coup de nageoire.
 
Parfois, comme cela est arrivé récemment au village de Bifundi, au sud de la zone de Bellelo, le campemement Rénatura situé à 120 km au Nord de Pointe-Noire, une tortue luth est capturée en mer par les pêcheurs, mais la prise est signalée trop tard et la tortue meurt noyée dans le filet. Car les mouvements d'air dans les voies respiratoires de la tortue luth ne sont possibles que si la tortue peut se déplacer librement. Prisonnière des filets, elle est incapable de respirer normalement et s'asphixie rapidement.
Les "béninois" relâchent une tortue sous la pression populaire
Le 18 décembre dernier, des militaires de la marine congolaise contactent les agents Rénatura pour signaler la présence d'une tortue luth sur la plage de Songolo à Pointe-Noire. La tortue a été capturée en mer. Cette zone littoral au Nord de l'agglomération est occupée par une importante communauté de pêcheurs originaires du Bénin.
Les militaires et les agents Rénatura arrivé sur place demande la libération de la tortue luth, mais les pêcheurs béninois protestent: "pourquoi libérer cette tortue... Quel programme de libération ?... Tout comme le poisson que nous pêchons, cette tortue nous appartient désormais..." . Raisonnement imparable.
Mais aussitôt une réaction naît parmi les badauds et les commerçants congolais présents. Les cris fusent bientôt « eh, vous, les béninois ! Vous venez déjà ici pour piller nos poissons et là vous voulez prendre nos tortues ? Libérez la tortues, libérez la tortue, libérez la tortue ! ». Les agents, ragaillardis par le soutien des militaires et de la population locale, parviennent finalement à convaincre les pêcheurs de libérer la tortue. Cette tortue est anormale, elle présente une déformation sur la tête, elle semble hydrocéphale.
Elle semble aussi choquée par le temps qu'elle a passé coincé dans le filet.
Elle tarde à retourner à la mer, et quand une vague la prend et la redépose sur la plage, elle se laisse simplement porter. Un pêcheur et Frakata décident alors de la forcer un peu en la tirant dans l'eau.
Parmi la foule, l'angoisse est à son comble ! La tortue paviendra-t-elle a repartir en mer ? Après tout ce qui a été entrepris pour la sauver, elle ne va pas mourir maintenant ! Elle se met finalement à nager et progresse lentement dans l'eau, avant d'accélérer et de disparaître dans les flots. Et l'assemblée de s'émouvoir et de crier "Vas-y, la niamu (tortue) ! Yéyé !!!"
Et bonne année ! |